Association des Amis de Théo Varlet. 4ème partie

3ème partie

La A.A.T.V. après Théo Varlet
Une fois Théo Varlet disparu, les comités ne cesseront pas pour autant leur activité, au moins dès l’instant même. Compte tenue du fait que “l’un de ses derniers vœux (de Théo Varlet), des plus ardents, fut la continuation de la Société des A. T. V. après sa fin”, ses dirigeants vont veiller à son maintient “avec les buts inscrits du vivant du grand poète au Bulletin AD ASTRA: aider jadis Théo Varlet, et maintenant sa veuve, – et protéger son nom, ses œuvres et sa gloire en France et à l’Étranger”.(26)

Journal de Fourmies. Bandeau. Lille: Louis Dubois directeur. 63e année - Nº 4270. 15 avril 1939

Ces quelques lignes sont extraites d’un document exceptionnel, celui qui a vraisemblablement été le dernier communiqué des Amis de Théo Varlet. Il a été publié par le Journal de Fourmies le 15 avril 1939, c’est à dire, six mois après le départ du poète. Des mots d’excuse justifient un tel retard:

Dès octobre, nous aurions lancé la présente circulaire si nous avions pu avoir les adresses des A. T. V., bloquées à Cassis, et qui ne nous sont pas encore toutes parvenues, à notre vif regret”.(27)

Veiller à l’amélioration des conditions de vie de Sarah Varlet, aux prises de surcroît avec des désordres psychologiques depuis des années, devient donc le besoin le plus pressant à combler. À cet effet, un appel aux cotisations pour l’année 1939 est lancé à l’aide du nouveau trésorier de l’Association, Maître Paul Schaepelynck, notaire à Rue (Somme)  :

Sarah Varlet. Photo disponible sur le site de Paris en images: http://www.parisenimages.fr/en.Mme T. Varlet, dont l’état de santé demeure très ébranlé, – héritière des richesses littéraires se trouve à peu près sans ressources matérielles. Elle a grand besoin de notre aide pécuniaire. Du vivant de T. V. toutes les sommes reçues lui étaient intégralement versées. Et il en distrayait à son gré les frais du Bulletin et de la correspondance. Pour ces frais notre trésorier prélèvera désormais sur chaque versement une cotisation littéraire de quinze francs. — Tout surplus sera versé intégralement et dans les conditions les plus sûres, à Mme Varlet”.(28)

Elle se termine par une triple déclaration quand à la nouvelle vocation de l’A.A.T.V.:

– L’émission d’un Bulletin commémoratif: “Nous espérons rendre à T. V. L’hommage qui lui est dû, par un Bulletin «In memoriam» (en octobre prochain, Ier anniversaire de sa mort), – digne de lui par le nombre et la valeur des hommages”.(29)

– L’Édition d’un volume de Théo Varlet: “Nous espérons voir notre ami C. Belliard (A.P.L.L.), en pourparlers à ce sujet avec T. V. à la veille de sa mort, publier bientôt le magnifique roman de notre ami: «Avant la nuit barbare»”(30).

– La diffusion d’un “Bulletin AD ASTRA dont nous espérons maintenir la périodicité trimestrielle”. Ce “prochain Bulletin vous renseignera sur les derniers mois de Théo Varlet”.(31)

On a beau chercher, on ne trouvera nulle trace de ce Bulletin commémoratif Ad Astra ou de ceux qui devaient lui suivre. Guère de trace nom plus de l’Association des Amis de Théo Varlet; le mouvement semble s’être éteint à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale et le lot de terribles calamités auxquelles beaucoup de ses membres ont dû faire face tout au long de celle-ci. Ce fut le cas notamment de Malcolm MacLaren qui, capturé par les Allemands aux îles du Canal de la Manche lorsque ceux-ci les prennent d’assaut, restera interné dans des camps de concentration en France et en Allemagne jusqu’en août 1944.

À l’élimination physique d’un grand nombre d’écrivains durant la guerre et à la destruction, en tout ou en partie, de leurs patrimoines littéraires, viendra s’ajouter, une fois la paix revenue, l’essoufflement des mouvements littéraires d’avant-guerre.  D’autres courants plus en accord avec les inquiétudes intellectuelles, politiques et sociales d’après-guerre en prendrons le relai. Grand coup de balai qui devait placer sous le tapis l’œuvre et la mémoire de non peu d’écrivains tels que Théo Varlet.

Journal des débats politiques et littéraires. Paris: 151e année - Nº 181. 30 juillet 1939. Page 3. Annonce de la pension accordée à Mme Théo Varlet.

Sarah Varlet, quand à elle, va se voir octroyer par la Société des Gens de Lettres, en juillet 1939, une pension destinée à la mettre à l’abri des soucis économiques(32). Elle a survécu à l’occupation de la France par l’Allemagne nazie – fait d’autant plus significatif qu’elle était d’origine juive – et a vu ses jours se prolonger jusqu’en 1974(33).

Des «richesses littéraires» de Théo Varlet, celles qui ont échappé à la destruction combinée du temps et des hommes refont peu à peu surface après être demeurées enfouies sous de tonnes d’oubli pendant des décennies. À nous de recruter de nouveaux amis de Théo Varlet et de faire lire Théo Varlet, écrivain «méconnu et mal connu», comme l’a un jour qualifié celui qui fut l’illustre président d’honneur des A.T.V., le Maître J.-H. Rosny Aîné.

26- Les Amis de Théo Varlet. “Les Amis de Théo Varlet”. Lille: Le Journal des Fourmies. Louis Dubois directeur. 63e année – Nº 4270. 15 avril 1939: 5.
27- Ibid.
28- Ibid.
29- Ibid.
30- Ibid.
31- Ibid.
32- Journal des débats politiques et littéraires. Paris: 151e année – Nº 181. 30 juillet 1939. Page 3.
33- Varlet, Théo. Le dernier satire & autres récits. Éditions établie et présenté par Éric Dussert. Arras: Littera, 1997: 222. Éric Dussert fournit cette information sans en indiquer la source.

 

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Association des Amis de Théo Varlet. 3ème partie

2ème partie

Ad Astra, le Bulletin des Amis de Théo Varlet

Pour mieux gagner l’attention du publique et aider à la cristallisation de l’association, Les Amis de Théo Varlet entreprend la publication d’un bulletin trimestriel dont le premier numéro paraît en avril 1935. On le dénomme Ad Astra, du titre du dernier recueil de poèmes cosmiques de Varlet. Voici un aperçu de son contenu tiré du journal Comœdia du 28 avril de ladite année:

Ciné-Comœdia. Supplement cinéma de Comœdia. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 22e année, Nº 5720. 7 septembre 1928. Bandeau.

Le premier numéro vient de paraître. Il publie des vers et un émouvant inédit en proses de Théo Varlet: Le Miracle.

Il donne une bibliographie des poèmes, contes et romans du profond écrivain et une notice biographique.

Enfin, il adresse un pressant appel à tous ses amis et admirateurs, en leur priant d‘envoyer leurs cotisations – échelonnées de 20 à 500 fr. à François Dellevaux (…) qui offre sur demande à tout lecteur un spécimen de ce Bulletin”. (22)

Il sera de même lors de la parution du deuxième numéro d’Ad Astra, trois mois plus tard, en juillet 1935:

La Société des «Amis de Théo Varlet» publie le numéro 2 de son bulletin trimestriel: As Astra. On lit un appel aux amis, aux lecteurs, aux admirateurs du «grand poète cosmique», frappé à Cassis (Bouches-du-Rhône) par la détresse et la maladie. Puis les listes de la suscription provisoire ouverte pour lui en 1934. Enfin, la liste des membres de la Société définitive, en formation, qui sont déjà une centaine.

Avec de beaux vers de Théo Varlet, des extraits de presse et témoignages complètent les fascicules, en faisant mieux connaître «le très pur et très noble poète», «artiste autant que savant», «chantre génial du Cosmos», «plein de stoïcisme et d’humanité frémissante»”.(23)

Photo fontispice de Théo Varlet. La grande panne. Querqueville: l’Amitié par le livre, 1936. Le numéro quatre de février 1936 est accompagné d’un portrait que l’on dit «récent» mais qui a probablement été réalisé un ou deux ans auparavant. Il doit sans doute s’agir de la même photographie parue plus tard, en septembre de cette même année, lors de la réédition de La grande panne par l’Amitié par le livre. On y voit un Théo Varlet qui a beaucoup perdu de sa force et de sa fierté naturelle, au regard plongé dans les profondeurs de ses propres pensées. C’est la représentation du debout de la fin d’une vie ruinée par la fatigue dû au surmenage et la maladie.

Fondé en 1933 par Camille Belliard (24), L’Amitié par le livre avait pour but de venir en aide aux écrivains et aux artistes victimes de l’adversité. Les ouvrages étaient mis en souscription et le produit de leurs ventes intégralement versé à une caisse de secours. Voici les termes par lesquels la revue littéraire, artistique et théâtrale Le Domaine, annonçait la réédition de La grande panne:

Vous recevrez prochainement une feuille de souscription à la Grande Panne, du grand et malheureux écrivain Théo Varlet. (…) Le geste que vous ferez pour venir en aide à Théo Varlet sera donc immédiatement récompensé. Le Comité du Domaine de l’Amitié par le livre compte sur vous pour souscrire d’abord, mais aussi, et surtout pour faire circuler cette feuille autour de vous, parmi les personnes susceptibles de compatir à la misère d’écrivains et d’apprécier la présence dans leur bibliothèque d’un ouvrage agréable et présenté à un prix exceptionnellement très modeste, dans un souci d’art typographique…”. (25)

Les bulletins Ad Astra vont ainsi se succéder jusqu’au décès de Théo Varlet. Un total de dix numéro aurait été distribués lorsque celui-ci est survenu le 6 octobre 1938.

4ème partie…

22- “Pour Théo Varlet. «AD ASTRA»”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 29e année, Nº 8114. 28 avril 1935:3.
23- “Pour Théo Varlet”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 29e année, Nº 8204. 27 juillet 1935:3.
24- Camille Belliard 1899-1987): Instituteur pacifiste et poète de la Manche, fondateur de l’Amitié par le livre en 1930 (source). Ce philosophe à la plume ésotérique et aux allures de mage est aussi un grand homme d’action et un ardent défenseur d’une laïcité dont il disait avoir trouvé les fondements dans la Bible elle-même (source). Fondateur aussi des revues Les Primaires et La pensée libre, Camille Belliard vivait comme il écrivait : accueillant, généreux, amoureux de la connaissance (source). Il es l’auteur entre autres volumes de Le bois de la croix, La Bible au feu de l’intelligence et Caïn, fils de Dieux.
25- “L’Amitié par le Livre”. Paris: Le Domaine. Gaston Icart directeur-fondateur. Tome XIV. 1936: XI.

 

Association des Amis de Théo Varlet. 2ème partie

1ère partie…

Souscriptions et collecte de fonds.
Une première liste de souscriptions apparait publiée au journal Comœdia du 15 décembre 1934. Cent vingt-six noms y figurent, parmi eux les promoteurs des Amis de Théo Varlet, des maisons d’édition (Albin-Michel) et des revues (Le Littoral Magazine, Poésie). Les modestes contributions apportées par des individus anonymes ou totalement inconnus joignent celles plus importantes de personnages tel qu’Archer-M. Huntington (500 francs) voire considérables, comme les 1,500 francs dont fait don La Maison de la poésie. En tout, 14,239 francs viendront soulager l’état de détresse dans lequel se trouve soumis Théo Varlet.

Les mots de remerciement de celui-ci ne se font pas attendre:

«Les malades ne reconduisent point», dit l’imaginaire de Molière, mais un vrai malade, tel que le poète Théo Varlet, ne se croit pas dispensé par son douloureux état de santé d’envoyer son vif remerciement et ses meilleurs vœux de nouvelle année à tous ses amis connus et inconnus. ”(9)

Une deuxième liste est divulguée par le même périodique le 16 mars 1935. Elle est précédée de ces quelques mots cherchant à encourager les adhésions :

“La deuxième liste de souscription pour le poète Théo Varlet”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 29e année, Nº 8071. 16 mars 1935: 4.En insérant aujourd’hui la seconde liste, nous adressons le plus pressant appel à tous ceux: écrivains, artistes, lecteurs et amis de la poésie, qui n’ont pas encore envoyé leur souscription … ”(10)

Suit la relation de non moins d’une cinquantaine de donateurs parmi lesquels le nom de Rudyard Kipling, dont Varlet a traduit quelques ouvrages, ne serait pas passé inaperçu. J.-H. Rosny Ainé, Saint-Pol Roux, Albert Mockel et Valéry Larbaud en font aussi partie.

Le mouvement va de cette façon prendre de l’ampleur progressivement. Tel que Félix Lagalaure le précise, “la propagande a revêtu des formes diverses: fêtes, banquets, expositions, tombolas, éditions de livres, soirées récréatives…”(11). Ainsi, lors du XIIème Salon des Poètes de Nice, célébré sous le patronage de la Société des Poètes Français, sa fondatrice Mlle Théo Martin “présenta Théo Varlet (…) en des phrases éloquentes (…). Peintures et livres furent tirés au sort, et, dans les plateaux tendus pour Théo Varlet, tombèrent les généreuses offrandes”(12). Une jolie somme de 750 francs sera ramassée et “envoyée au poète, qui, en sa retraite douloureuse de Cassis, saura que les créateurs de beauté ne sont jamais des oubliés!”(13)

D’autres activités de collecte de fonds vont avoir lieu de la même façon durant les mois à venir. C’est le cas de la première édition des “Dîners de la dîme fraternelle, fondé par Octave Charpentier”(14), ou de la soirée littéraire et de solidarité confraternelle organisée par Louise-Constance Meunier, chez René Debresse, le 14 mars 1935(15).

Théo Varlet est aussi désigné l’un des bénéficiaires de la Fondation Franklin Grout en juillet 1935 (16). Il va se voir également attribué le prix littéraire Petit-Bourg en décembre de la même année (17). Ces distinctions, toutes les deux accordées par la Société des Gens de Lettres, constituent, d’une certaine façon, un soutient pécuniaire déguisé. Il est aisé de deviner, derrière tels gestes, la bienveillance de quelques-uns de ses membres dont certains devaient sans doute se compter parmi ses sympathisants.

Expansion, internationalisation, et pérennité.
Après avoir pris de l’expansion en France, et avoir ressui à capter l’appui de quelques personnalités étrangères dans le but de montrer les mérites de l’ouvre de Théo Varlet, l’Association va se développer à l‘internationale. C’est de cette façon que, vers la fin 1937-début 1938, Les Amis de Théo Varlet désigne “le comité de la «section belge» et (appelle) Georges Marlow à la présidence”(18). De l’avis de Marcel Angenot, “ce groupe confraternel, dans lequel on est heureux de voir figurer des noms de jeunes gens qui ne devaient pas être nés à l’époque où Varlet habita la Belgique, justifie l’appel que le comité français fait aux amis présents, passés et futures du savant poète… ”.(19)

Signature de Fabrizio Colamussi. Lettre à Jean Royère. Lecce, 8-IV-1932.

Dans une stratégie d’internationalisation similaire, “alla fine degli anni trenta” Fabrizio Colamussi(20), poète et homme de lettres italien, “era stato nominato Vice Presidente del Comitato internazionale per Théo Varlet, che aveva sede a Parigi, e con il quale, peraltro, ha inttratenuto una rica corrispondenza epistolare ». (21)

Il est de même en Angleterre, pays où Malcolm Shaw McLaren, pour qui l’œuvre de Théo Varlet est presque devenue une religion et sa personne l’objet de sa plus profonde admiration, va prendre en charge une campagne de diffusion durant laquelle il ne va pas se permettre que peu de répit. Conférences, soirées poétiques, cours, articles dans la presse, traductions de quelques poèmes… il emploiera tous les moyens à sa disposition afin de faire rayonner la figure de celui dont il se considère le disciple.

3ème partie…

9- “Gentillesse de poète”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 29e année, Nº 8007. 11 janvier 1935:3.
10- “La deuxième liste de souscription pour le poète Théo Varlet”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 29e année, Nº 8071. 16 mars 1935: 4.
11- Lagalaure, Félix. Théo Varlet (1978-1938). Sa vie – Son œuvre. Paris: L’Amitié par le livre, 1939: 24.
12- “Le Salon des Poètes de Nice envoie 750 francs à la souscription Théo Varlet”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 29e année, Nº 8024. 7 fevrier 1935: 3.
13- Ibid.
14- “À la table des Muses”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 30e année, Nº 8398. 6 février 1936: 3.
15- “Petit courrier littéraire”. Paris: Comœdia. Jean de Rovera directeur. 30e année, Nº 8431. 10 mars 1936: 3.
16- “A la Société des Gens de Lettres”. Paris: Le Journal. Nº 15599, 3 juillet 1935:7
17- “Les prix la Société des gens de lettres”. Paris: Le Journal. Nº 15774, 25 décembre 1935:7
18- Angenot, Marcel. “Une visite à Théo Varlet”. Paris: Mercure de France. Georges Duhamel directeur. Nº 951, 49e année, T. CCLXXXI. 1er février 1938: 657, 658.
19- Ibid,
20- Fabrizio Colamussi: Dramaturge et poète italien né à Piazza Armerina, Enna, en 1889, et mort à Lecce en 1955. Profondément attiré par la culture européenne, tout particulièrement par la littérature française de l’époque, il entreprend la transposition en langue italienne d’un certain nombre de compositions en vers et en prose de plusieurs de ses confrères français contemporains dont Théo Varlet, avec qui il partage le même esprit pacifiste et de confraternité. Ces traductions vont être principalement publiées dans la revue napolitaine Fantasma. Il est l’auteur de quelques pièces dramatiques parmi lesquelles on distingue Lo spirito della pietà, Elisabetta d’Austria, Il faro della latinitá et La Fontana di Arethusa.
21- Proto, Mario. “Fabrizio Colamussi. Un intellecttuale européo vissuto al sud”. Fabrizio Colamussi letterato e poeta salentino. Atti del seminario di Studi. Lecce 23 ottobre 1999. Lecce: Edisioni Milella, 2001: 127.

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