La Bella Venere au fil du temps

La Bella Venere (Edgar Malfère, 1920) réunit un ensemble de sept nouvelles à caractère mythologico-fantastique originalement publiées durant les quinze premières années du vingtième siècle. Elles parurent, par la plupart, dans deux revues littéraires auxquelles Varlet se sentait fortement attaché: Le Beffroi et Les Bandeaux d’Or. Le volume porte le titre d’une d’entre elles et fait référence au nom d’un petit bateau sur lequel prennent place ses deux personnages principaux.

Théo Varlet. La Bella Venere. Amiens. Edgar Malfére, 1920. Couverture avant

Une nouvelle édition reprenant l’intégralité de ces contes, auxquels seront ajoutés trois autres nouveaux, verra le jour en 1923 sous le titre emblématique de Le dernier satyre. Emblématique car de tous les contes de Théo Varlet, Le dernier satyre sera le seul à avoir été imprimé séparément: une petite plaquette de quelques 18 pages, tirée à 91 exemplaires hors commerce, publiée par les Éditions du Beffroi en mai 1905. Ce fut, d’ailleurs, le premier de ses travaux en prose à paraître sous ce format. Finalement, en juin 1997, Littéra fera paraître une nouvelle édition augmentée de plusieurs autres inédits grâce aux soins d’Éric Dussert,* celui qui a le mérite d’avoir le plus contribué à la récupération de la mémoire et de la production en prose de Théo Varlet, notamment celle à caractère fantastique.

Théo Varlet. Le dernier satyre. Lille. Le Beffroi, 1905. Couverture avant

Mais La Bella Venere a aussi bénéficié d’une réédition par le moins surprenante. En format beaucoup plus petit que l’original, cette nouvelle édition en facsimilé tirée à 60 exemplaires tous numérotés, mérite de figurer dans la bibliographie varlettienne ne serait-ce qu’en tant que curiosité bibliophilique. Elle est parue en 1987 grâce aux efforts combinés d’Éditions de l’Hydre et de Le visage vert de Xavier Legrand-Ferronnière. Chaque volume, constitué de trois petits cahiers contrecollés habillés d’une reliure cartonnée, est protégé par une chemise illustrée d’un dessin de Frank Sirocco représentant la Reine des coupes d’un tarot ancien.

Théo Varlet. La Bella Venere. Éditions de l'Hydre, 1987. Illustration de la chemise

Créé aux années quatre-vingt par Francis Saint Martin, Éditions de l’Hydre n’as jamais répondu à d’autres motivations qu’à son seul besoin de publier des livres pour lesquels il avait un penchant tout personnel, sans s’inquiéter le moindrement de leur viabilité commercial. Usant de ses propres termes:             « Quand on espère des ventes aux alentours de la dizaine d’exemplaires, il n’y a aucune contrainte à respecter et si l’on en vend cinquante c’est un succès »**. Sa préface à cette édition « amateur » ne laisse pas de doute :    « …à l’inverse de ses roman très connus, il existait un petit recueil de contes mythologiques ou cruels qui reste en frange de ses œuvres. Trop souvent confondu avec La belle Valence (1923), même éditeur, La Bella Venere est paru en 1920 chez Malfère dans la fameuse Bibliothèque du Hérisson. Ce livre méritait à notre sens d’être plus connu ».

Théo Varlet. La Bella Venere. Éditions de l’Hydre, 1987. Achevé d'imprimer

Quand on pense aux moyens limités dont ils ont dû disposer, on ne peut que tirer son chapeau face à la tâche entreprise il y a vingt-sept ans par ces amateurs de littérature ancienne. Il fallait pour la rendre possible le travail acharné d’un Francis Saint Martin, sa méthode ordonnée et exhaustive. Il fallait aussi ses convictions humanistes puisqu’en nous livrant les œuvres il a su aussi rendre hommage aux hommes à l’origine de celles-ci: « Ces gens ne ressemblent pas à Zeus, magistralement installé au sommet du Mont Olympe, ce sont des humains industrieux qui s’affairent pour gagner leur vie. Je m’attache ainsi, avant tout, à montrer que ce sont des hommes »**.

*Coordonnateur de la numérisation des livres à la Bibliothèque nationale de France, ce passionné de littérature ancienne, blogueur, chroniqueur et éditeur, se borne, depuis des années, à récupérer la mémoire de nombre d’auteurs négligés et oubliés dont Théo Varlet. À ne pas manquer sa dernière publication: Une forêt cachée: 156 portraits d’écrivains oubliées (La table ronde. Paris, 2013).

**http://leroyaumedesavis.over-blog.com/article-francis-saint-martin-interview-d-une-des-plus-fines-plume-sur-les-comics-en-france-50424659.html

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