Théo Varlet et le Québec

 

C’est dans une librairie antiquaire de Montréal que j’ai trouvé, il y a déjà plus de dix ans, mon premier livre de Théo Varlet. Il s’agissait de La belle Vénère, un recueil de contes inspirés, par la plupart, de l’antiquité gréco-latine. Je l’ai littéralement dévoré page après page, le souffle entrecoupé, sans pouvoir m’arrêter un seul instant durant sa lecture. J’avais aussi remarqué à son côté, également habillé d’une demi-reliure en basane verte foncée, un exemplaire de Les titans du ciel que j’avais jugé, trop hâtivement, une de ces histoires loufoques bonne à ne satisfaire que les férus de littérature martienne. Malgré cette mauvaise première impression, j’en faisais l’achat le lendemain. Les dieux en soient loués car, une fois sa lecture terminée, ma perception avait complètement changé.

Victor Barbeau

Ces deux ouvrages de Théo Varlet, nous allons le voir, ne se trouvaient pas là par hasard. Théo Varlet à été connu d’une certain partie du lectorat Québécois des années vingt et trente si bien il est difficile aujourd’hui d’en préciser à quel point. Le Québec, dont la première langue est le français, à depuis toujours constitué un marché naturel pour les livres produits notamment en France et en Belgique. Des librairies telles que Deom, longtemps demeuré le plus grand importateurs de livres au Québec, ont joué un rôle de premier ordre dans la diffusion de ces même livres. Des voyageurs des deux côtés de l’Atlantique ont eux aussi souvent apporté des idées et des livres dans leurs malles. Tel fut le cas de certains intellectuels Québécois, écrivains ou journaliste, dont l’imprégnation des modes littéraires de l’époque et la connaissance des auteurs les plus en vue à sans doute élargi leurs horizons. Cela leur a permis, une fois de retour au pays, de combattre l’enfermement qu’y régnait encore.

Parmi eux, Victor Barbeau, journaliste, polémiste et pamphlétaire, critique culturel à La Presse entre 1918-1920 et 1931-1933, activité qui lui permettra de rejoindre, pendant des années, un groupe notable de lecteurs et de lectrices qui communiait à une même culture francophone et partageait les mêmes aspirations. C’est lui qui organisa, en 1921, la premier Semaine du livre, ancêtre du Salon du livre de Montréal, et invita, durant de sa présidence du PEN club de Montréal, des figures telles que Paul Claudel, André Maurois, Jules Romains, Céline, ou Antoine de Saint-Exupéry. Finalement, c’est par soucis de sa langue et de la culture de expression française, qu’il fonda, le 9 décembre 1944, l’Académie canadienne-française.

Victor Barbeau. Ex-librisLes cahiers de Turc, revue dont il est l’unique responsable, sera l’organe au moyen duquel il développera la plus grande partie de son activité pamphlétaire. Toujours franc et parfois humoristique, il n’hésite pas a se montrer sarcastique et même brutal lorsque toute bêtise, bassesse ou médiocrité vient heurter sa fierté et son sens de la dignité. Fierté et dignité dans lesquelles Théo Varlet lui-même se serait sans doute reconnu. Ce n’est peut-être donc pas par un coup du hasard si Les cahiers de Turc du 1er mars 1922 (2ème série) contient la critique de Les titan du ciel, roman écrit en collaboration avec Octave Joncquel et publié par Edgar Màlfere quelques mois auparavant en septembre 1921. Cette critique captivante mérite à elle seule un nouveau billet que je ne tarderai pas à poster dans ce blog.

Mon exemplaire de Les titans du ciel, est-il celui ayant un jour appartenu a Victor Barbeau? Difficile à dire, surtout lorsque aucune marque de propriété vient corroborer cette hypothèse. Un autre volume édité par Malfère dans sa particulière Bibliothèque du Hérisson, La guirlande à l’Épousée, un recueil de poèmes de Fagus paru en octobre de cette même année de 1921, porte l’envoi autographe de Malfère ainsi que le bel ex-libris de Victor Barbeau. Au-delà de la simple curiosité, ce deuxième volume nous apprend l’existence d’une certaine sympathie littéraire dont le caractère reste à déterminer.

Théo Varlet. La grande Panne. Feuilleton de La Presse de Montréal

D’un autre côté, le journal montréalais La Presse donnera à ses lecteurs deux des romans d’anticipation des plus emblématiques écris par Théo Varlet: Le roc d’or (décembre 1927) et La grande Panne (février-mars 1931). Victor Barbeau, est-il pour quelque chose dans la décision de La Presse de procéder à la publication en feuilleton des ces deux ouvrages? Encore une fois toute conjecture est risquée malgré le fait que, dans le cas de La grande panne au moins, la collaboration de Barbeau avec La Presse en tant que critique littéraire pour la période 1931-1933 aurait pu rendre possible une telle décision.

Finalement, c’est en la personne de Régis Messac que nous avons un autre lien, extrêmement faible celui-ci, reliant Théo Varlet au Québec. “Confrère ès-anticipations” ayant toujours montré une vive sympathie à l’égard de l’œuvre de Théo Varlet, c’est lui qui va le mettre au courant du plagiat dont La grande panne sera l’objet une année à peine après sa publication par les Éditions des Portique en octobre 1930. Professeur de français à l’université McGill de Montréal entre 1924 et 1929, Messac a toujours dû garder un œil sur ce qui était publié en Amérique du Nord dans le domaine de la science fiction. Les ressemblances entre Death from the Stars (La mort venue des étoiles), de l’écrivain américain Rowley Hilliard, et La grande panne, dont il avait donné la critique peu après sa réédition par l‘Amitié par les livre en octobre 1936, ont dû lui paraître plus qu’évidentes.

Voila de quel façon l’œuvre et l’esprit de Théo Varlet ont voyagé d’un contiennent à l’autre pour y laisser une trace encore aujourd’hui perceptible. Je suis certain qu’il doivent encore rester d’autres qui n’attendent qu’à être exposées à la lumière du jour.

 ♠

– Barbeau, Victor. Les titans du ciel. Montréal: Les cahiers de Turc, 2ème série, nº 6 (mars 1922): 75, 76.

– Martin, Michèle. Victor Barbeau. Pionnier de la critique culturelle journalistique. Québec: Les Presses de l’Université Laval, 1997.

– Varlet, Théo. La grande Panne. Querqueville: L’Amitié par le livre, 1936.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :