Association des amis de Jean Baltus

Juste quelques heures après avoir publié mon billet au sujet du Mas du Chemineau, où il est question, entre autre, de Jean Baltus, l’amis en compagnie de qui Théo Varlet visita le village de Cassis pour la première fois, j’ai découvert la page web de l’Association des amis de Jean Baltus, entretenue par quelques-uns de ses descendants (famille Chayet-Seuzaret-Baltus) et Robert Leroy, fils du Docteur Edgar Leroy, son plus fidele amis.

Jean Baltus en 1933. Image courtoisie de la famille Chayet-Seuzaret-Baltus.

Ma surprise fut majuscule car, pendant des années, j’ai cherché à savoir qui était exactement Jean Baltus et ce qui était advenu de lui. On le cite, assez brièvement d’ailleurs, dans le livre de Félix Lagalaure sur Le Beffroi. Fascicule 52, 6me année. Mars 1905la vie et l’œuvre de Théo Varlet ainsi que dans le chapitre final de «Un mois chez les nudiste», de Roger Salardenne (1). Son nom revient aussi de façon régulière dans les chroniques sur l’art rédigées par A. M. Gossez et Maurice Gossart parues dans la revue lilloises Le Beffroi. On peut suivre ses progrès depuis l’exposition collective de l’École des Beaux Art de l’année 1900, alors sous la direction de Pharaon de Winter, jusqu’à la XVIIIème Exposition des Artistes Lillois célébrée au Palais Rameux en février 1905: «M. Jean Baltus, un tout jeune… mérite d’être cité tout près des meilleurs. Il a acquit de la simplicité et de la vérité».(2)

Pour en savoir plus, je dus attendre à mettre la main sur un exemplaire des Poèmes choisis, le quatrième recueil de poèmes de Théo Varlet, qui porte sa dédicace à Jean Baltus ainsi qu’une autre de ce dernier à l’intention de Malcolm Maclaren. Baltus reconnaissait en lui l’héritier spirituel de Varlet et lui faisait don dudit exemplaire qu’il accompagna aussi d’une lettre qu’y se trouve insérée.

Poemes Choisis. Dedicace Jean Baltus à Malcolm MacLaren. 2 juillet 1938

C’est en partie cette lettre, si imprégnée de nostalgie et tellement inspirante, qui m’a poussé à faire des recherches périodique sur la toile durant tous ces années. Et voila qu’il y a quelques jours le visage serein de Jean Baltus, le vieux copain de Varlet, m’est enfin apparu. Ma joie a égalé ma surprise. Je me suis empressé d’écrire à ses descendants qui mon tout de suite répondu me faisant part des mêmes sentiments. Voila ce qu’il y a de magique en internet et de vivant dans l’art et la littérature !

L’Association des amis de Jean Baltus, qui a été enregistrée le 22 juillet 2011, a pour but de mieux connaître et faire connaître l’œuvre du peintre Jean Baltus, de favoriser le travail d’inventaire, les recherches sur son œuvre, ses écrits, et la constitution d’un catalogue raisonné. C’est pour cette raison que les possesseurs de témoignages, photographies, reproductions de tableaux, dessins, lettres ou textes concernant Jean Baltus, sont priés de se manifester et d’entrer en contacter avec l’association dont voici le lien:

http://amisjeanbaltus.free.fr.

Faites-le sans tarder !!!

1- Une traduction de cet ouvrage en langue espagnole existe: Roger Salardenne. Un mes entre desnudistas. Traduction de Isidro Montana. Librería Ameller. Barcelona, 1932.

2-Maurice Gossart. L’Exposition des Artistes Lillois. Le Beffroi  nº 52, 6me année (Mars 1905): XIII – VXI.

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Le Mas du Chemineau: Port d’attache.

Le Mas du Chemineau était le nom de la petite maison de campagne dont Théo Varlet fera sa résidence principale après s’être installé définitivement à Cassis en 1913.  C’est à l’été 1905, lors d’un séjour à Graveson chez son grand ami le peintre Jean Baltus, qu’il visita pour la première fois ce village pittoresque situé à quelques vingt kilomètres de Marseille: « Au cours d’une excursion sur la côte… les deux amis arrivèrent un soir a Cassis et, séduits par la beauté du site… y restèrent six jours, campant dans les rochers des calanques avec pour toute litière une paire de vieux sacs… Devant le paysage de Cassis, ce fut le «coup de foudre» pour Théo Varlet. Il sentit que des affinités secrètes le liaient à ce coin de la Terre…» (1), (2)

Depuis, il ne songea qu’a s’y établir mais se refusera de le faire avant d’avoir trouvé la femme de son existence, ce qui devait arriver en 1909. Sarah Varlet devient ainsi sa compagne d’élection et sa muse d’inspiration:

“…Rien n’existe que Nous

Seuls, hors du monde, dans notre paradis…” (3)

Le Mas du Chemineau, « maison rose aux toits gris »(4), devient alors sa retraite spirituelle, le sanctuaire où pouvoir développer son œuvre. « Il aimait cette maison très modeste à demi cachée dans les pins. Du flanc de la colline de Ste-Croix elle dominait le quartier du Plan, parfaite image de la Provence campagnarde, vaste cuvette couronnée de roches blanches émergeant des pinèdes avec, pour fond, marqués de sombres touffes de micocouliers, un ample tapis de vignes et, sur les côtes, en tous sens, s’entrecroisant, aux extrémités des enclos, des longues processions d’oliviers ». (5)

Léon Bocquet dira de lui sur un certain ton de reproche: « En pleine nature, loin des cénacles et des compromissions, l’égocentriste Théo Varlet, par ses synthèses cosmiques, ses alchimies et ses métempsycoses, rêve d’atteindre, au delà des barbaries civilisées d’aujourd’hui, des âges lumineux de l’antiquité hellénique, l’humanité idéale ». (6)

 D’autres, préféreront imaginer «…le poète forclos dans sa Tour d’Ivoire, cette tour: le Mas du Chemineau…»(7), complètement dévoué à son travail de création et d’écriture. Malcolm MacLaren, son amis écossais, devenu plus tard son disciple et héritier spirituel, sera l’un de rares à pouvoir partager cette intimité. Il montrera d’ailleurs ses impressions dans un poème très naïf intitulé La sieste  d’un poète (8) :

Chemise bleue, pyjama rouge,

Le poète s’étend;

En cette heure où rien ne bouge,

Sur son profond divan.                       

Fuyant les flammes du soleil

Le Maître se recueille,

Et l’ombre close à tout réveil

Mystiquement l’accueille.

Le front hautain, la pipe aux dents,

Le fier cerveau travaille…

Silence… C’est l’accouchement

Des puissantes trouvailles.

Quand je lirai à l’avenir

L’œuvre de ce cerveau,

J’évoquerai, doux souvenir,

Le “Mas du Chemineau”.

Varlet adorait cette retraite. Il éprouvait des vifs regrets lorsqu’il devait la quitter pour des vacances d’été à Saint-Valéry-sur-Somme, Paris, ou Lille, ou afin de s’occuper des ses affaires privées et engagements professionnels. Dans une lettre adressée à son amis Donce-Brisy, rédigée à bord du rapide Marseille-Paris le 6 février 1925, il commentait: « J’ai reçu votre bonne lettre ce matin avant de quitter mon Désert cassiden et de prendre la route du septentrion… Là-bas derrière moi, à un nombre de kilomètres qui de minute en minute s’accroit, je laisse, face à la mère divine, parmi ses amandiers en fleur, mon ermitage, volets clos sur bouquins, paperasses et atmosphère studieuse » (9).

Après l’avoir habité durant plus d’un quart de siècle, la figure de Varlet deviendra absolument indissociable de celle du Mas du Chemineau. À son décès le six octobre 1938, Malcolm MacLaren, épris d’un profond sentiment de perte, envisagea même la possibilité d’en faire un musée national dédié à la préservation de la mémoire du poète. Le cours de l’Histoire en décidera autrement: le Mas sera réquisitionné par les allemands lors de la Deuxième Guerre Mondiale et la veuve de Théo Varlet dut elle-même le quitter. Saccagé, la grand majorité de ses livres et manuscrits seront détruits ou volés.

1- Lagalaure, Félix. Thèo Varlet. Sa vie-Son œuvre. Paris: L’amitié par le livre, 1939.

2- Salardenne, Roger.Un mois chez les nudistes. Paris: Éditions Prima, 1930

3- Varlet, Théo. “Veillé de guerre”. Paralipomena. Paris: Les éditions G. Crès, 1926.

4- Lagalaure, Félix. Thèo Varlet. Sa vie-Son œuvre. Paris: L’amitié par le livre, 1939.

5- Lagalaure, Félix. Thèo Varlet. Sa vie-Son œuvre. Postface du Dr Emmanuel Agostini. Paris: L’amitié par le livre, 1939.

6- Bocquet, León. “Note sur Théo Varlet, poète”. Hommage à Théo Varlet. Mercure de Flandre (Janvier 1925): 39

7- Millet, Marcel. “Théo Varlet, L’Homme”. Hommage à Théo Varlet. Mercure de Flandre (Janvier 1925): 9

8- MacLaren, Malcolm. “La sieste d’un poète”. Le Fleuve  nº 29 (1930): 10.

9- Varlet, Théo. Lettre ouverte à Donce-Brisy, Vouloir, n 8 (février 1925): 1